11 octobre 2008

Elena Dementieva

(info sur Elena Dementieva)

Quelques mots sur la Russie

Thomas Kieller

Elena Dementieva : Prête pour la balle.

Par un bel après-midi ensoleillé à Paris, Londres ou Melbourne, un match de tennis a certainement un côté plaisant. Pourtant, la joie surgit davantage lorsqu’un visage rayonnant nous prend, nous saisit… Avec un jeu électrisant, une personnalité envoûtante et un sourire en coin, Elena séduit les foules aux quatre coins du monde. Athlétique, agile et d’une rapidité assurée, l’élégante femme à la longue chevelure blonde se déplace avec légèreté sur le court. Elle récupère en quelques longues enjambées une balle tombée à deux doigts du filet. Quant à ses habilités offensives et son coup droit puissant, ils ajoutent une touche imaginative à ses matchs où les échanges exaltants nous soulèvent de notre siège. Et pourtant, ce qui nous émeut le plus c’est sa passion pour le jeu. D’une manière si naturelle, la jeune Russe exprime ses sentiments sur le court en partageant son bonheur d’un sourire soutenu, d’un cri de joie ou en tombant à genoux. Avec cette même spontanéité, elle vit avec nous ses quelques déceptions. Combative et déterminée, ses visées et ses rêves la placent au sommet de son sport. Certes, un chemin prometteur se dessine pour Elena… Quoiqu’il arrive, elle partagera toujours avec nous sa belle joie de vivre et sa passion pour le tennis.

L'entrevue a été réalisée le 27 juillet 2008 à 13h25 dans la salle d’entrevue du tournoi de la Coupe Rogers de la Sony Ericsson WTA Tour à Montréal, Canada. Elle a été faite en anglais.

Prélude – Dans une salle tout près du court central, des tables sont placées par-ci, par-là. Comme c’est l’habitude en début de tournoi, quelques joueuses du top 10 de la « Women's Tennis Association » s’entretiennent avec les nombreux journalistes et reporters. Elena, de bonne humeur et détendue, m’accueille chaleureusement et me raconte d’entrée de jeu son background russe.

Les succès récents des joueuses russes

Thomas Kieller : Actuellement, il y a huit joueuses russes dans le top 20 et 16 dans le top 100. Même si le tennis est un sport individuel, es-tu fière des récents succès de ton pays?

Elena Dementieva : Honnêtement, je suis très fière. Je sais que le tennis est un sport individuel et qu’il y a beaucoup de compétition entre nous, mais je suis fière de voir autant de bonnes joueuses russes au sommet du classement parce que je sais que nous avons travaillé fort cette année. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. Nous méritons vraiment ce que nous avons accompli dans notre carrière. Donc, c’est incroyable de voir autant d’excellents résultats. Si tu te souviens des deux finales en 2004, à Roland-Garros et à l’US Open (tournois du Grand Chelem), toutes les joueuses étaient des Russes. Ceci me rend vraiment fière.

Thomas : Quelqu’un peut dire que d’avoir autant de joueuses de top niveau d’un pays ne peut pas être dû à la chance! Est-ce qu’il un programme en Russie pour développer les jeunes joueuses? À moins que vos entraîneurs sont si bons!

Elena : À vrai dire, la Russie est un bien grand pays et les meilleures joueuses sont originaires de différents endroits. Certaines filles pratiquent en Espagne tandis que d’autres le font aux États-Unis. Néanmoins, je pense qu’en Russie nous avons beaucoup de bons entraîneurs pour les enfants et c’est pour cela que nous avons une si belle technique. Tout arrive lorsque tu es jeune en ce qui concerne la technique et la manière que tu vois le jeu. Après, cela vient de son propre désir. C’est une question de motivation et ce que tu veux réaliser! Nous travaillons tous fort; c’est ce que je peux dire à propos des joueuses russes.

Thomas : Est-ce que les infrastructures pour s’entraîner sont bonnes dans ton pays? Est-ce qu’on y retrouve tous les types de surface de court pour bien développer les différentes techniques?

Elena : Je ne pense pas que nous avons de si bonnes infrastructures. Par contre, aux États-Unis, au Canada et à dans d’autres pays européens, il est possible de trouver des bons centres d’entraînement. Mais si tu veux vraiment jouer, cela importe peu sur quelle surface tu joues ou quelle raquette tu utilises. Ce qui compte c’est ta volonté à pratiquer. Donc, venant d’un pays où il n’y pas les meilleures infrastructures, c’était pour nous une source de motivation supplémentaire pour travailler plus fort.

Thomas : Et pour ta part, tu t’es développée comment, en Russie ou ailleurs?

Elena (affirme avec passion) : Je suis née à Moscou. J’ai continuellement pratiqué là-bas et je pratique toujours dans cette ville. J’ai eu beaucoup d’opportunités d’aller ailleurs, mais je sens que c’est ma ville. J’adore Moscou! Donc, quand j’ai la chance, j’y retourne pour quelques jours. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres endroits où je pratique comme aux États-Unis où je me m’entraîne dans une académie en Floride. J’ai aussi un endroit à Monaco où je pratique lorsque je joue des tournois européens. Mais oui, un peu partout dans le monde parce que je voyage beaucoup.

Thomas : D’ailleurs, est-ce que le tennis est populaire en Russie pour les filles? Et concernant les gars, ils préfèrent tout simplement un bon match de hockey!

Elena (rit) : Oui, le tennis est très populaire surtout depuis les récents succès que nous avons obtenus l’année dernière. Je suis certaine que nous verrons encore de bonnes jeunes joueuses venant de la Russie. Et je ne sais pas pourquoi… À vrai dire, je pense que le tennis est toujours populaire chez les gars, mais il y a beaucoup de sports où les hommes sont impliqués comme le soccer et le hockey, et peut-être préfèrent-ils plus ces activités.

Thomas : Si nous revenons à toutes ces bonnes joueuses russes, est-ce que apprécies toute cette compétition?

Elena : Oui, il y a une bonne compétition et j’apprécie être plongée dedans parce que c’est une motivation pour moi. Donc, c’est excellent. Je pense que c’est plus difficile quand tu es la seule joueuse dans ton pays et qu’il n’y a personne pour rivaliser avec toi. Dans ce contexte, c’est difficile d’améliorer son jeu, d’aller plus loin et d’être tout simplement une meilleure joueuse. Pour nous, cela vient naturellement avec cette compétition.

Thomas : Dans le classement mondial, tu es actuellement derrière deux de tes compatriotes, Maria Sharapova et Svetlana Kuznetsova, est-ce que c’est pour toi une source de motivation de devenir numéro un de la Russie, même si tu l’as déjà été?

Elena : C’est toujours le cas, mais je dois dire par nécessairement pour la Russie. Je veux devenir numéro un dans le monde. Ma visée n’est pas de devenir la joueuse numéro un de la Russie. Mon objectif a toujours été d’atteindre le top. Donc, pour le moment mes plus grands adversaires avec qui je dois jouer sont des joueuses russes. On me demande parfois pourquoi je perds toujours contre de joueuses russes en finale, mais il faut comprendre que Svetlana, Anastasia et Maria sont toutes d’excellentes joueuses.

Représenter la Russie aux Jeux Olympiques et la Fed Cup

Thomas : Est-ce que c’est quelque chose d’important pour toi de représenter ton pays à la Fed Cup et aux Jeux Olympiques?

Elena : Oui, pour moi c’est un sentiment bien spécial de représenter mon pays et je suis très fière de le faire aux Olympiques. Ce sera mes troisièmes jeux et je veux vraiment bien jouer là-bas1. Quand j’ai participé à ceux de Sydney et d’Athènes, je me souviens de ces moments. Ces deux expériences que je me souviendrais toujours. C’est difficile de comparer cela avec les tournois du Grand Chelem et les autres tournois du tour parce qu’aux Olympiques tu ne joues pas seulement pour toi. Tu joues pour ton pays et cela te donne tout simplement plus d’énergie et plus de désir de gagner quand tu es sur le court. C’est formidable.

Thomas : Vivre simplement un rêve olympique et rapporter à la maison une médaille d’argent de Sydney t’a sûrement donné de bonnes sensations!

Elena (sourit) : C’est un de mes plus beaux moments de ma carrière. À vrai dire, c’est probablement le meilleur car je n’étais qu’âgée que de 18 ans. Personne n’avait prévu une excellente performance de ma part. Quand je suis arrivée là-bas, j’ai fait tout ce que j’ai pu. J’ai joué à mon meilleur et je me suis rendue en finale. Honnêtement, l’argent était comme de l’or pour moi! J’ai tout simplement des beaux souvenirs d’Athènes.

Thomas : À la Fed Cup, tu as été finaliste à deux reprises avec l’équipe russe en 1999 et 2000. Toutefois, je veux m’arrêter plus sur ta victoire à ce tournoi en 2005 avec Anastasia Myskina, Dinara Safina et Vera Dushevina. Est-ce que tu as apprécié l’esprit d’équipe?

Elena : Oui, j’ai apprécié car c’est tout simplement une expérience différente. Tu sais c’était plutôt comme une expérience de vie parce que quand tu joues au tennis tu te sens un peu égoïste. C’est un sport individuel. De faire partie d’une équipe, tu dois savoir communiquer et d’entendre avec tes coéquipières parce que tout tourne autour de l’esprit d’équipe. Tu peux voir souvent des bonnes joueuses à la Fed Cup, mais elles n’ont jamais eu la chance de gagner car l’esprit d’équipe n’y était pas. Donc, pour nous, c’est un grand moment. Nous avons été capables de nous réunir et jouer comme une équipe. C’est pourquoi nous avons gagné la finale contre les meilleures joueuses françaises dans le stade Roland-Garros à Paris.

Thomas : C’est vrai que la Russie fait bien à la Fed Cup depuis les dernières années! Est-ce que tu pourrais me dire la méthode de sélection employée pour déterminer qui fait parti de l’équipe ou est-ce par invitation?

Elena : En effet, c’est une invitation et habituellement c’est notre capitaine Shamil Tarpischev qui nous invite à joindre l’équipe. Je pense que c’est basé sur la position dans le classement mondial. Donc, il demande toujours aux joueuses qui ont le meilleur classement de venir jouer à la Fed Cup.

Thomas : En résumé, le succès de la Russie fait en sorte que tu pousses davantage et d’une certaine façon cela fait de toi une meilleure joueuse?

Elena : Oh oui, c’est la seule façon d’améliorer ton jeu. Tu veux pousser plus fort et tu veux t’améliorer. C’est une extra motivation.

Mot de la fin

Thomas : Et pourquoi un spectateur devrait-il voir une joueuse russe jouer ou toi jouer? Pour goûter à la culture russe!

Elena (rit) : Pour voir les joueuses russes sur le court… Je ne sais pas! Il y a tellement de bonnes raisons… peut être si tu apprécies les blondes, voir les belles filles aux cheveux blonds jouer au tennis! Cela pourrait être une bonne raison. Mais je pense aussi que le niveau du jeu est excellent. Tu peux vraiment voir de bonnes athlètes de la Russie!

Thomas : Bien dit!

1. Pour les fins de l'article, Elena a remporté le 17 août 2008 (trois semaines après cette entrevue) une médaille d’or aux Jeux olympiques de Pékin devant ses compatriotes russes Dinara Safina et Vera Zvonareva qui ont remporté respectivement les médailles d’argent et de bronze. Un podium tout russe!