19 novembre 2008

Dominika Cibulková

(info sur Dominika Cibulková)

L'entraînement d'une joueuse en pleine ascension

Thomas Kieller

Dominika Cibulková : Victorieuse.

Une fois de plus un vent de fraîcheur balaie le circuit de la Women’s Tennis Association et cette fois-ci le souffle est tout slovaque. Dominika est sur le circuit depuis quelques années et sa progression est fulgurante passant de la 500e place au top 20 du classement mondial. Son ascension rythmée est le reflet de son travail assidu, de sa volonté à s’améliorer et de sa force de caractère. De petite taille pour une joueuse professionnelle, elle est manifestement en très bonne forme. Énergique et explosive, elle bouge rapidement sur le court. La joueuse de Bratislava n’a d’ailleurs aucune inquiétude lorsqu’elle effectue des matchs de trois manches. Véritable joueuse de fond de court, elle tire son épingle du jeu lors des longs échanges. Avec sa rapidité et sa combativité, elle essaie continuellement de déstabiliser son adversaire afin que celle-ci ne puisse pas exécuter ses meilleures coups. D’ailleurs quand la partie tourne à son avantage, la jeune slovaque brandit le poing gauche… Toutefois, ses récents succès font en sorte qu’elle est parfois nerveuse lors de matchs importants. Sans doute qu’elle trouvera le moyen de rehausser son jeu dans ces moments cruciaux. Pour le moment, elle offre un jeu palpitant et ses supporters l’apprécient en raison de son talent, sa détermination et sa bonne humeur. Et Dominika ne s’arrêtera pas là… Ses visées la poussent bien plus haut!

L’entrevue téléphonique a été réalisée le 28 juillet 2008 à 13h25 après que Dominika a battu aisément la Russe Elena Vesnina par le pointage de 6-1, 6-1 lors du tournoi de la Coupe Rogers de la Sony Ericsson WTA Tour à Montréal, Canada. Elle a été faite en anglais.

Conditionnement physique d’une joueuse de tennis

Thomas Kieller : Au tennis, il faut être en forme pour jouer à un top niveau. Est-ce que tu donnes une grande importance à ta condition physique?

Dominika Cibulková : Oh oui! Sur le circuit, il y a vraiment de bonnes joueuses. Donc, si je veux gagner, je doit être en forme et être bien préparée pour jouer ces longs rallyes de trois manches. Je dois y être prête et je le fais en m’entraînant beaucoup. Le conditionnement physique prend une grande partie de ma préparation pour un tournoi.

Thomas : Avec Maroš Molnár, ton entraîneur pour ta préparation physique, tu mets davantage l’accent sur quels aspects de ta condition physique?

Dominika : Nous faisons beaucoup de choses dont des exercices de force et de course. Nous faisons des sprints et nous courons parfois de 30 minutes à une heure en montagne. Avant le tournoi de Montréal, j’étais aux États-Unis où je me suis entraînée une semaine dans les montagnes. Là-bas, j’ai travaillé sur ma préparation physique avec Maroš. Il entraîne aussi des joueurs d’hockey et de soccer. Donc, j’ai fait du fitness avec eux. C’est vraiment bon pour moi parce que je peux beaucoup m’améliorer.

Thomas : Est-ce que tu apprécies t’entraîner en altitude?

Dominika : Oui, dans les montagnes il n’y a rien pour me déranger, c’est-à-dire pas de médias, pas d’amis ou n’importe quoi d’autres. Tu ne fais que te concentrer sur ta préparation et cela m’aide vraiment.

Thomas : Et t’entraînes-tu beaucoup dans une salle d’entraînement? Que y fais-tu?

Dominika : Oui, je m’entraîne dans une salle d’entraînement. Quand je suis à la maison, je fais évidemment des pratiques de tennis, mais aussi je travaille ma condition physique une fois par jour au minimum. Toutefois, je ne travaille pas avec de lourdes charges. Nous faisons plusieurs exercices, entre autre, avec un ballon. Je travaille ma flexibilité et bien d’autres aspects. Mais comme je l’ai mentionné, je n’utilise pas de lourdes charges.

Thomas : Est-ce que tu apprécies l’entraînement en salle ou le fais-tu par obligation?

Dominika : J’aime cela quand il y a de la variation. Alors, bien entendu nous changeons régulièrement les exercices. J’apprécie aussi changer d’endroits; nous nous entraînons donc à l’extérieur quand la température est bonne. Et finalement oui je dois aimer cela, puisque je suis une joueuse de tennis professionnelle.

Thomas : Tu n’es pas considérée comme la joueuse la plus puissante sur le circuit. Tu donnes un avantage à tes adversaires concernant cet aspect. Mais nous savons que tu es encore jeune… Est-ce que tu vas essayer d’améliorer cette faiblesse?

Dominika : À vrai dire, mon jeu est davantage basé sur les longs échanges. D’ailleurs, je joue plus sur la ligne de fond et rapidement. Mon adversaire n’apprécie pas généralement, car elle n’a pas le temps de faire ses meilleurs coups. C’est donc le style de jeu que je préconise. Bien entendu, je veux vraiment améliorer certains aspects de mon jeu comme mon service. J’ai beaucoup de choses à apprendre.

Je sais que c’est important d’avoir de la puissance et d’être en forme afin d’être capable de se rendre au bout d’un match de trois manches. Mais le tennis c’est un tout, c’est-à-dire qu’il y a des aspects touchant la condition physique et d’autres concernant la technique.

Thomas : Comme tu as dit, je sais que tu es très rapide sur le court. Courir, est-ce que une activité que tu apprécies?

Dominika : Oui, c’est quelque chose que j’ai naturellement. Je suis rapide, mais je dois quand même continuer de travailler cette qualité. Je ne peux pas tout simplement arrêter. Nous faisons beaucoup d’exercices de courses comme des sprints.

Thomas : Tu m’as dit que tu t’entraînes avec des joueurs de soccer qui sont des athlètes qui mettent l’accent beaucoup sur leur système cardiorespiratoire. Donc, que fais-tu pour ton endurance?

Dominika : Nous courons, nous faisons du bicycle et aussi nous patinons.

Thomas : Est-ce que c’est quelques chose que tu apprécies de te surpasser physiquement?

Dominika (rit quand elle parle de ses sessions de courses de longue distance) : Oui, et bien sûr, il y a des exercices qui sont mes favoris. Il y en a d’autres que j’aime moins comme courir pendant 45 minutes. Toutefois, je n’ai pas de problème à le faire car je sais que c’est important pour moi. Je dois vraiment être en forme sur le court.

Thomas : Ton sport est le tennis, mais est-ce que tu pratiques d’autres sports ou activités qui améliorent ta forme ou tu le fais juste pour relaxer?

Dominika : J’apprécie vraiment le ski nautique et aussi le ski alpin. Ce sont mes deux sports favoris mis à part le tennis.

Côté technique du tennis et amélioration de Dominika

Thomas : Pour une joueuse de tennis, il est important de passer du temps sur le court. Combien d’heures consacres-tu à frapper des balles?

Dominika : Quand je suis à la maison, je pratique pour une journée type de trois à quatre heures de tennis. Sur le court, je joue avec mon entraîneur et avec d’autres gars. C’est un important aspect de mon jeu. Puis, j’ai généralement deux sessions de fitness.

Thomas : Ton entraîneur Vladimir Platenik et toi, vous vous concentrez sur quoi présentement?

Dominika : Maintenant, nous nous concentrons plus sur la tactique parce que je veux améliorer cet aspect de mon jeu. Donc, nous travaillons sur ce que je dois faire sur le court, nous analysons ce que mon adversaire frappe mieux et quels sont mes meilleurs coups à faire. C’est ce que nous faisons le plus en ce moment et ce dont nous parlons.

Thomas : Est-ce que tu travailles aussi avec lui sur des éléments plus techniques?

Dominika : Oui, il y a beaucoup de choses que je peux faire mieux. Présentement, je travaille sur mon service, précisément sur mon premier service. Je travaille aussi sur d’autres points comme mes retours.

Thomas : Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais améliorer dans ton style de jeu?

Dominika : Dans certaines occasions, je sais que je devrais être plus agressives. Parfois, je suis en arrière de la ligne de fond et c’est pourquoi je perds des matchs. Je dois me concentrer sur cela, jouer rapidement et sur la ligne de fond.

Thomas : Tu es reconnue comme une joueuse combative et tenace, es-tu fière de cela?

Dominika : Oui, j’ai gagné plusieurs matchs car je me suis battue même quand je ne jouais pas bien. Je fonce sur toutes les balles. Tu peux gagner des matchs difficiles avec cette attitude, et lors de la prochaine vague tu as le temps d’améliorer ton jeu. Au bout du compte, tu peux avoir un bon résultat dans le tournoi.

Thomas : Depuis 2005, tu as monté progressivement dans le classement de la WTA (2005 : 555; 2006 : 156; 2007 : 51 et présentement en juillet 2008, tu es au 31e rang) et maintenant tu frappes à la porte du top 20. Donc, tu fais quelque chose de bien! Est-ce que l’opposition est plus grande dorénavant?

Dominika : Bien oui et je sens que j’ai plus de respect. Toutefois, ce sera plus difficile maintenant, car tout le monde anticipe que je vais battre toutes les filles qui sont derrière moi. Je suis présentement 31e, donc, c’est vraiment difficile. Bien sûr, cela me donne de la pression, mais je ne peux le prendre ainsi. Les filles qui sont dans le top 100 jouent très bien. Donc, je dois me concentrer dans tous mes matchs et continuer à travailler pour améliorer mon jeu.

Thomas : Pourrais-tu me parler un peu de la différence entre une joueuse du top 10 et une du top 100?

Dominika : Bien entendu! Quand tu joues contre quelqu’un du top 10, cette joueuse va te donner seulement quelques opportunités dans un match et même si tu joues bien. Si cela arrive, tu dois risquer un peu, car la joueuse de top niveau va revenir dans le jeu, et puis tu n’auras plus de chance de gagner. En résumé, les meilleures joueuses sont concentrées sur toutes les balles et elles n’abandonnent pas aisément. Elles donnent quelques opportunités qu’il faut prendre aussitôt.

Thomas : Tu es venue bien proche de gagner ton premier tournoi de la WTA au Bausch & Lomb Champ en avril 2008, mais tu as perdu en deux manches contre Maria Sharapova. Est-ce qu’il y a quelque chose d’intimidant de jouer contre les meilleures joueuses?

Dominika : Je dois te dire que cette finale dont tu fais mention était mon pire match du tournoi Bausch & Lomb. J’étais tout simplement endormie et je ne me sentais pas bien sur le court. Je ne me battais pas pour chacune des balles parce que d’une certaine façon j’étais simplement heureuse d’être en finale. Cependant, j’ai à nouveau joué contre Maria Sharapova à Rome. Pour ce match, c’était plus serré. J’ai perdu la 3e manche 6-4. Donc, je dois croire en moi, aller sur le court avec une bonne attitude et essayer de gagner le match.

Thomas : Oui, tu commences à t’habituer à avoir le dessus sur les joueuses de top niveau. Tu as déjà battu Nadia Petrova, Patty Schnyder, Venus Williams et Anna Chakvetadze…

Dominika : Je sens que je peux battre les meilleures filles quand je joue bien. Tout est dans la tête. Donc, il faut avoir confiance en soi et se dire qu’il est possible d’y arriver.

Thomas : Tu es l’une des filles qui a fait le plus de tournois cette dernière année, c’est-à-dire 27. Avec tous ces tournois et cet entraînement, est-ce que tu trouveras toujours l’énergie pour donner des matchs rapides et excitants pour le public?

Dominika : Vraiment 27! À vrai dire, j’ai joué tous ces tournois car je voulais un meilleur classement. Puisque j’ai maintenant un classement supérieur, je vais faire un calendrier différent pour l’année suivante. Je peux un peu plus choisir les tournois que je veux jouer. Donc oui, j’espère que je vais donner de bien bons matchs!

Thomas : Merci Dominika.